Généralitées sur le cancer ovarien


Les ovaires sont principalement constitués des tissus suivants: 

  • une couche externe de cellules qui recouvrent les ovaires, appelée épithélium de recouvrement
  • une couche tissulaire constituée de cellules productrices d'hormones, également appelée stroma
  • des ovules immatures qui mûrissent à tour de rôle, dénommés cellules germinales. Tous les ovules présents n'évolueront pas vers une maturation complète.

Dans ces tissus, différents types de tumeurs peuvent apparaître.

Il existe des tumeurs malignes (cancéreuses) et bénignes des ovaires. Nous n'aborderons ici que les tumeurs malignes. Elles se distinguent entre elles par le type de tissu au départ duquel elles se développent. Globalement, on en distingue 3 types.

  • Les tumeurs épithéliales représentent 80 à 90 % des tumeurs et apparaissent dans les cellules se trouvant sur la face externe de l'ovaire (l'épithélium); il en existe plusieurs sous-catégories. La forme la plus fréquente de tumeur épithéliale est l'adénocarcinome.
  • Les tumeurs stromales (ou tumeurs du stroma)
  • Les tumeurs germinales se développent au départ des cellules du même nom

La distinction entre ces différents types est importante parce que le traitement diffère d'une catégorie à l'autre.

Dans ce chapitre nous parlerons exclusivement des tumeurs épithéliales (adénocarcinome). Par facilité, nous utiliserons le singulier "cancer de l'ovaire", même si cette maladie peut prendre différentes formes et que chaque cas peut présenter des particularités propres.

Modes de croissance du cancer de l'ovaire

Le cancer de l'ovaire peut se développer au départ d'un seul ou des deux ovaires. À un stade précoce, la maladie est limitée à l' (aux) ovaire(s). Dès que la tumeur s'étend, un risque de dissémination menace:

  • surtout le péritoine, tissu qui tapisse la cavité abdominale et les organes qu'elle contient
  • parfois les ganglions lymphatiques par dissémination via la lymphe (ce sont alors principalement les ganglions lymphatiques du bassin et de la cavité abdominale qui sont touchés)
  • parfois les poumons et d'autres organes

Des métastases par voie sanguine sont rares dans le cas du cancer de l'ovaire, contrairement à d'autres types de cancer.

Ascite

La présence d'un cancer de l'ovaire peut s'accompagner d'une accumulation de liquide dans la cavité abdominale, ce qui porte le nom d'ascite.

Tumeur "borderline"

Parmi l'ensemble des tumeurs épithéliales, 10 à 15 % environ sont dites "borderline". Cela signifie qu'elles se situent à la limite entre une tumeur bénigne et une tumeur maligne de l'ovaire.

 

Antécédents familiaux et cancer de l'ovaire

L'hérédité semble jouer un rôle dans le risque de cancer de l'ovaire. On rencontre quelquefois dans une même famille plusieurs femmes atteintes d'un cancer de l'ovaire. Lorsque la maladie survient chez au moins deux femmes apparentées au premier degré, on parlera de "risque accru de cancer de l'ovaire". C'est le cas, par exemple, lorsqu'un cancer de l'ovaire est apparu chez

  • la mère et une tante
  • la mère et la grand-mère
  • la mère et une soeur

Prédisposition héréditaire et cancer de l'ovaire

  •  Tumeurs héréditaires

    Une anomalie héréditaire est en cause pour 5 à 10% des femmes dont le cancer de l'ovaire se développe dans un contexte familial. Le cancer ovarien survient alors souvent en association avec d'autres types de cancer, tels ceux du sein ou de l'intestin. Le risque de transmission de cette prédisposition génétique est de 50%. Autrement dit, chaque enfant a une chance sur deux d'en être indemne.
  • Dépistage génétique

    Lorsqu'un cancer de l'ovaire survient chez plusieurs femmes apparentées au premier degré, une recherche familiale est utile pour évaluer si l'on se trouve ou non en présence d'une anomalie héréditaire. Cette recherche a lieu dans un centre de génétique en accord avec le gynécologue.
  • Examen d'ADN

    Au départ d'une prise de sang, il est possible d'identifier, dans l'ADN, des mutations prédisposantes. Cette identification peut parfois demander plusieurs mois de recherches et concerne le cancer héréditaire de l'ovaire qui apparaît souvent en association avec le cancer du sein (c'est-à-dire celui associé au gène dit BRCA).

Si vous vous posez des questions sur l'éventuel caractère héréditaire de votre maladie, le mieux est d'en discuter avec votre médecin traitant.

Le cancer de l'ovaire, comme tous les autres types de cancer, n'est pas contagieux. Il ne fait courir aucun risque à votre partenaire lors des rapports sexuels, par exemple.

Les symptômes se manifestent tardivement car les ovaires bougent assez librement dans la cavité abdominale. C'est la raison pour laquelle, au début de la maladie, les patientes ne présentent habituellement aucune anomalie particulière. Par conséquent, les cancers de l'ovaire sont souvent diagnostiqués tardivement.

Lorsque la maladie prend de l'extension, les symptômes suivants peuvent se manifester: 

  • douleur abdominale vague
  • sensation de gonflement
  • nausées
  • constipation
  • besoins anormalement fréquents d'uriner
  • augmentation du volume de l'abdomen (ceci se remarque souvent aux vêtements qui se mettent à serrer)
  • de la fatigue et une perte de poids peuvent également apparaître, sans que l'on parvienne à leur trouver une explication.

Tous ces symptômes peuvent également accompagner d'autres pathologies. Lorsque les anomalies persistent 3 à 4 semaines, un examen médical est nécessaire. En cas d'augmentation rapide du tour de taille après la ménopause, il est conseillé de consulter sans tarder son médecin traitant.

Lorsque l'on se rend chez son médecin après avoir constaté un ou plusieurs symptômes, celui-ci va procéder à un examen clinique. Si nécessaire, il vous enverra chez un gynécologue spécialisé dans les maladies des organes génitaux féminins.

Examen clinique

Habituellement, le gynécologue commencera par une palpation et une percussion légère de l'abdomen. Cet examen sert à détecter la présence de liquide dans la cavité abdominale ou une éventuelle augmentation de volume d'un ovaire. Ensuite, le médecin procédera à un examen interne du vagin et du rectum. Ces examens sont un peu gênants, mais ne sont généralement pas vraiment douloureux.

Toucher vaginal

Le médecin introduit un ou deux doigts dans le vagin. L'autre main est posée sur l'abdomen de la patiente. De cette manière, le médecin peut se faire une idée de l'emplacement et de la taille des organes du bas-ventre et, notamment, des ovaires. Le gynécologue va introduire un spéculum (écarteur ou "bec de canard") dans le vagin afin de pouvoir mieux visualiser le vagin et l'entrée de l'utérus.

Toucher rectal

Le médecin introduit un doigt dans le rectum. De cette manière, il tente de palper la partie inférieure de la cavité abdominale et les organes qui s'y trouvent.

Échographie transvaginale

L'échographie est un examen réalisé au moyen d'ondes sonores (ultrasons). La réflexion (écho) de ces ondes sonores permet de visualiser les organes sur un écran. Le médecin introduit dans le vagin un petit appareil d'échographie en forme de bâtonnet. De cette manière, il est possible d'obtenir une image de bonne qualité de l'utérus et des ovaires, tout en visualisant leurs anomalies potentielles. L'échographie permet également de visualiser le liquide éventuellement présent dans la cavité abdominale et d'en estimer la quantité.

Analyse sanguine

Le médecin commencera par demander une analyse sanguine générale. On recherchera également la concentration en CA125 dans le sang. Cette substance peut être synthétisée par les cellules cancéreuses ovariennes, qui la libèrent dans le sang.

Le CA125 est désigné sous le nom de "marqueur tumoral". Il est présent en quantité exagérée dans le sang chez environ 80 % des patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire.

Si, suite au traitement, la tumeur diminue de volume ou disparaît, la concentration en CA125 dans le sang diminue également et peut même revenir à la normale. La détermination de la concentration en CA125 est donc utilisée pour évaluer l'effet du traitement, y compris lors des contrôles après la fin du traitement. 

Pour définir votre plan de traitement, plusieurs spécialistes sont concernés. Les médecins vous proposeront un traitement adapté à votre situation particulière, déterminé sur base des éléments suivants: 

  • le grade de la tumeur (degré d'agressivité des cellules cancéreuses)
  • le stade (l'étendue) de la tumeur 
  • la présence éventuelle de métastases
  • le type de cancer de l'ovaire et son degré de malignité
  • l'état physique général

Trois types de traitement

  • Traitement curatif : vise la guérison complète
  • Traitement adjuvant : est donné en complément d'un autre traitement
  • Traitement palliatif : vise à ralentir l'évolution de la maladie et/ou à soulager les symptômes.

Traitement complémentaire

Après la chirurgie (traitement adjuvant) ou parfois même avant l'opération (traitement néo-adjuvant) un traitement par chimiothérapie vous sera éventuellement conseillé pour augmenter les chances de succès.

Chirurgie et cancer de l'ovaire

La chirurgie est le traitement principal du cancer de l'ovaire, peu importe le stade ou le type. On a recours à la chirurgie pour:

  • confirmer le diagnostic obtenu par une biopsie suivie d'un examen microscopique des tissus suspects  
  • vérifier le degré d’extension tumoral à l’intérieur de la cavité abdominale
  • enlever la tumeur, si possible en totalité. Si la maladie s’est étendue à la cavité abdominale, le chirurgien retire le plus possible de tissu tumoral et, en même temps, les organes voisins comme l’autre ovaire, l’utérus et un repli du péritoine. Moins il en restera, plus les traitements complémentaires (chimiothérapie) auront de chances d’être efficaces.

Chimiothérapie et cancer de l'ovaire

La chimiothérapie occupe une place importante dans le traitement du cancer de l'ovaire. Elle peut être proposée dans les cas suivants:

  • avant l'opération, dans le but de réduire le volume tumoral et faciliter ainsi une opération chirurgicale ultérieure
  • après l’opération, face à un petit cancer, mais de nature agressive, afin d'accroître les chances de guérison
  • pour soulager la douleur ou maîtriser les symptômes causés par un cancer de l'ovaire de stade avancé afin de ralentir l'évolution de la tumeur (chimiothérapie palliative)

La chimiothérapie est le traitement du cancer par des médicaments qui portent le nom de cytostatiques. Ceux-ci sont capables de détruire les cellules en phase de multiplication, ce qui est le cas des cellules cancéreuses. Il existe différentes combinaisons de médicaments. En fonction du stade de la maladie et de votre état général, le médecin vous proposera la combinaison la mieux adaptée au traitement de votre cas.

Cures de chimiothérapie

Les cytostatiques sont administrés sous forme de cures successives alternant des périodes

  • d'1 ou plusieurs jours pendant lesquels les médicaments sont donnés suivant un schéma particulier
  • de "repos" de quelques semaines au cours desquelles la chimiothérapie n'est pas administrée

Le nombre de cures de chimiothérapie dépend du stade de la maladie et du type de médicaments utilisés. Avant chaque cure, des analyses de sang ont lieu afin de vérifier si l'organisme est en mesure de supporter un traitement supplémentaire. Après un certain nombre de cures, on effectue des examens pour mesurer l'efficacité du traitement.

Radiothérapie et cancer de l'ovaire

Lors d'une radiothérapie, des rayons de haute énergie permettent de tuer les cellules cancéreuses. Ils causent des dégâts cellulaires qui, en raison des mécanismes de réparation moins efficaces, s'accumulent davantage dans les cellules cancéreuses que dans les tissus sains.

Radiothérapie adjuvante 

Les patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire se voient parfois conseiller une irradiation externe, c'est-à-dire à travers la peau, après l'opération. 

Radiothérapie palliative

Ce type de radiothérapie est administré en cas de douleurs dues à la présence de métastases au niveau des os ou des ganglions lymphatiques. Ici, l'objectif du traitement est de ralentir la croissance des métastases et de réduire leur volume dans la mesure du possible. La quantité totale de rayonnements administrée est moins importante que pour un traitement adjuvant. Les effets secondaires sont, par conséquent, également moins importants.